Antonio Contador se présente comme un fossoyeur d'histoires. Il déterre, met à jour puis permet de faire le deuil d'histoires personnelles ou anonymes. C'est en écoutant des histoires de famille d'une oreille distraite qu'Antonio Contador, artiste aux multiples allers et retours entre France et Portugal, découvre que son grand-père a fait la guerre de 1914-1918 dans le nord, un aieul taiseux qui s'animait dès lors qu'on évoquait la France. Un hasard et une histoire personnelle qui ouvrent la porte à un travail artistique autant qu'à une recherche sur ces soldats portugais venus combattre les Allemands. Fasciné par le travail de (la) mémoire, Antonio Contador décide de faire connaître et reconnaître cette "petite" histoire par la "grande" histoire. Lors d'une performance le 4 décembre 2010, il rejoue une cérémonie officielle et pose une plaque - de la même façon que l'on pose une plaque du souvenir - en l'honneur de Joaquim José Contador. La neige s'était invitée, comme en écho aux difficiles conditions de vie pendant ces quelques-mois dans le Nord de la France. Ce soldat, rentré de la guerre sourd et quasi aveugle, laissa ainsi une partie de sa vie dans les tranchées.

Le lieu fut choisi selon plusieurs critères dont l'un tenait aussi au hasard. Afin d'empêcher l'accès à une maison en démolition, au 11 avenue de Verdun, à Ivry-sur-Seine, un ouvrier a posé des panneaux colorés reprenant les couleurs des drapeaux français et portugais. La plaque a donc été installée à cette adresse et y subsistera jusqu'à la destruction de la maison, à moins qu'un acte de vandalisme soit perpétré. Une certaine idée de l'éphémère est devenue le symbole du travail de l'artiste. La fugacité devient alors l'inévitable synonyme du travail de la mémoire. Antonio Contador ranime les fantômes d'une histoire oubliée pour mieux les faire disparaître par la suite.

Marion Perceval

Texte publié à l'occasion de la performance Sentinelles (04/12/2010) à Ivry-sur-Seine, publié dans Pangée Network.