De 2011 à 2014, avec un intervalle de près de trois ans entre le 9e et les trois derniers, j’ai réalisé des monologues en courant pour rien. Trois ans après le dernier de 2014, j’en entame de nouveaux. De quoi s’agit-il ? De courir et d’enregistrer ce qui sort de ma bouche et ses environs pendant les courses, sans script préétabli, sans souci de qualité autre que celle d’écoute du mp3 qui en découlera. Le dispositif est simple : un sac-banane autour de la ceinture contenant un enregistreur numérique auquel est relié un micro-cravate épinglé au col du t-shirt. Aucun fil n’est apparent, je demeure pour le quidam un coureur ordinaire.

L'impossibilité des idées à se fixer quand le corps est en course est l’une des premières choses à laquelle j’ai dû faire face ; au bout d'une dizaine de minutes, l'intensité de l'effort est totalitaire, au point d’oblitérer toute pensée réfractaire. C'est alors qu'une sorte de gros vide s'installe à partir duquel s’émancipent ces monologues n'aspirant à rien.

Ayant mis plus de trois ans à compléter dix courses monologuées, la dernière vers l’atelier de Davide Balula à Paris, où nous devions réaliser mon portrait officiel de coureur pour rien clôturant ainsi le cycle, je pris la décision de continuer. Absolument rien ne me poussait à le faire, je n’avais jusque là pratiquement rien dit et il semblait déjà que c’en était trop. J’entamais ce deuxième cycle avec pour seul souhait avoué de dépasser en nombre les promenades de Rousseau.   

Les Monologues en courant pour rien sur *DUUU (unités radiophoniques mobiles)
From 2011 to 2014, with an interval of almost three years between the ninth and the last three, I produced several monologues while running for nothing. Now, three years after the last one of 2014, I am doing new ones. What are they about? To run and record what comes out of my mouth and my surroundings during the running sessions, without a script, without worrying about the intelligence of the discourse. The set-up is simple: a waist pack containing a digital recorder which is connected to a lapel microphone pinned to the neck of my t-shirt. No thread is apparent, I appear to others as an ordinary runner.

It took more than three years to complete ten monologues. The last one was to Davide Balula's studio in Paris, where we planned to make my official portrait of a runner for nothing, thus closing the cycle. Nonetheless, I decided to continue. Nothing pushed me in this direction: I had so far practically said nothing and it already seemed too much. I began this second cycle with only one thing in mind: to exceed the walks did by Jean-Jacques Rousseau.