Apogée et Déclin #3
Texte (Revue CAC Brétigny)




—1—

A,
Il est tard ou plutôt il l’était quand j’ai eu l’idée de t’écrire. En cherchant le sommeil, j’ai vu qu’il était déjà... J’aimerais passer la deuxième moitié de ma vie dans l’eau, dans cette sorte d’autorité qu’est la mer, ça me permettra de surmonter ma peur du sommeil. Je suis assommé. Cette étendue d’eau trop vaste, dans laquelle je baignerai, sera le revers parfait de la première moitié passée à m’essayer vainement à l’amphibie. Dans l’eau, je redeviendrai le poisson inoffensif que j’ai été, malgré un nom qui fait peur. Je serai à nouveau malhabile et gros, alors que les individus de mon espèce sont de fins chasseurs au corps élancé. Je serai celui dont on apprécie doublement la prise. Mon principe de vie consistera à me laisser tomber sur le dos et à m’enfoncer dans l’abîme. Mon physique n’empêchera pas que de cette chute lente se dégage une grâce olympienne, une noblesse insolite chez les poissons. En tombant, j’aurai tout le loisir d’observer de mes deux yeux latéraux le défilé des strates d’eau—de la plus oxygénée à la plus trouble—ainsi que le ballet des mulets et quelques phénomènes sans incidence particulière sur cette quiétude—dont tu me parlais—devenue mienne. Sans le savoir, sans le vouloir, étonnamment, à tous moments de la chute, je serai un poisson libre et serein, au point de trouver ça drôle.
D
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